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LA VIE NUMISMATIQUE
Le Monnayage Belge par Jean-Luc DENGIS

 

I. Les premiers pas d'une jeune nation

De tous les thèmes de collections, c'est sans conteste notre monnayage national qui est le plus apprécié par les collectionneurs belges. Dès lors, il nous paraît assez intéressant de consulter nos divers textes de loi pour y retracer l'apparition chronologique de nos différents types monétaires.
Les premières monnaies frappées aux armes de la Belgique indépendan­te ne sont pas bien anciennes, elles datent en effet de 1832; et pourtant certains types et millésimes sont peu courants, voire difficiles à se procu­rer. Nous allons dans les lignes qui suivent retracer l'évolution de notre monnaie et y ajouter l'un ou l'autre commentaire.

1832 voit donc la mise en circulation des premières pièces de 5 francs en argent ainsi que les pièces de 10 centimes en cuivre :

Il faudra attendre 1833 pour voir apparaître les pièces de 1 franc et d'un demi-franc en argent, celles de 5, 2 et 1 centimes en cuivre :


Il est important de noter à propos de ces dernières séries que les catalogues signlent également la frappe de monnaies en bronze. Ces monnaies cataloguées comme rares ne sont cependant pas des monnaies à proprement parler. Une découverte de Me M. Colaert, ancien président de la Société Royale de Numismatique de Belgique, dans le Fonds des archives nationales, a permis de faire toute la lumière sur ces monnaies de cuivre et de bronze. En effet, les textes de loi ne parlent que de monnaies de cuivre; ce sont donc ces dernières qui étaient destinées à la circulation. Nous trouvons, dans la correspondance échangée entre le ministre des Finances et le directeur de la Monnaie la trace d'une frappe en bronze. Mais il s'agissait là d'une frappe à caractère technique; les bronzes sont donc des essais et, par conséquent, il est tout à fait normal que ceux-ci soient rares.

En 1834, on procède au retrait de la circulation des pièces hollandaises en cuivre. C'était l'occasion de trouver rapidement les flans nécessaires à la frappe des pièces de 2 et 1 centimes. Sans même repasser par la fonte, on refrappa avec les coins belges les pièces hollandaises; c'est pourquoi nous trouvons, encore de nos jours, des pièces hollandaises surfrappées.

Il s'agissait là d'une émission d'urgence parce que la circulation monétaire réclamait un grand nombre de petites monnaies divisionnaires. Cette refrappe qui est bien évidemment imparfaite se remarque pour les millésimes 1835 et 1836. C'est également en 1834 que sont émises les premières pièces de 2 francs et d'un quart de franc en argent.

En 1840, on procède au retrait de toutes les pièces d'argent des anciennes provinces. Celles-ci cessent d'avoir cours légal. Certains auteurs signalent cependant des monnaies émises entre 1843 et 1852 par la "Principauté de Liège". Ce sont des escalins frappés au nom de Corneille Van Bommel (1843), de Théodore de Montpellier (1852) et des vacances de siège de 1852. En fait, il s'agit là de monnaies non officielles qui n'eurent jamais cours légal, qui furent émises en très petite quantité. Ces émissions doivent être considérées comme des émissions de médailles. Ces princes-évêques n'eurent jamais le droit de battre monnaie et, de toute façon, ces monnaies ne peuvent s'inscrire dans aucun système en cours à l'époque; nous avions adopté le système décimal.
Enfin, toujours en 1844, les monnaies d'argent des Pays-Bas cessent d'avoir cours légal. Toutes ces masses métalliques qui furent alors retirées de la circulation prirent la direction du creuset afin d'être refondues et monnayées à nouveau mais aux armes de l'Etat.
Nos premières monnaies d'or datent de 1848; cette émission est bien évidemment à l'effigie de Léopold I et est constituée en pièces de 25 francs :

Notons que cette émission n'obtint pas le succès escompté et que cette monnaie est très difficile à trouver, voire rarissime. Cette année, le souverain d'or d'Angleterre vient s'ajouter à la liste des monnaies d'or admises en Belgique. On autorise également la circulation des pièces en argent de 1 florin et de 2 1/2 florins des Pays-Bas. Nous pouvons constater que malgré nos émissions nationales, la circulation monétaire est loin d'être homogène. Cette situation devait d'ailleurs poser quelques problèmes aux commerçants et aux administrations qui devaient se tenir au courant des divers taux à pratiquer. Les premières pièces de 2 1/2 francs apparaîtront également en 1848 :

L'effigie royale subira cependant une modification; jusqu'à cette époque, toutes les monnaies où figurait le portrait du Roi présentaient une effigie dite laurée - en réalité le Souverain porte une couronne de chêne - à partir de 1848, le buste ne sera plus couronné.

Cette modification importante est à rapprocher des événements qui se déroulèrent en France à l'époque: la révolution de 1848. N'oublions pas que la reine Louise-Marie d'Orléans, épouse de Léopold I, était la fille de Louis-Philippe, roi des Français. Ce dernier abdiqua en 1848, suite à cette révolution. Notons enfin que le roi de France était représenté sur ses monnaies avec une effigie laurée et que ces monnaies avaient cours légal en Belgique...
Notre monnayage d'or s'enrichira encore, en 1849, d'une nouvelle valeur faciale, la pièce de 10 francs. Il faudra cependant attendre 1865 pour voir apparaître les pièces de 20 francs-or.

Les souverains d'or anglais dont le cours avait été autorisé en 1848 seront retirés de la circulation en 1849; ils n'auront fait qu'une courte apparition. Les pièces d'or des Pays-Bas su­biront le même sort en 1850 (5 et 10 florins); toutes les pièces d'or étrangères connaîtront la même fin.

Une nouvelle pièce d'argent est frappée en 1852, la pièce de 20 centimes.

Enfin, en 1854, abandon du bimétallisme et retrait des pièces en or de Belgique. Cet abandon était nécessité par une trop grande spéculation sur le rapport existant entre la valeur de l'or et de l'argent, cette spéculation se faisait évidemment au détriment du trésor. Par conséquent, cette même année, il ne reste donc plus en Belgique que: les monnaies belges en argent et en cuivre, les monnaies françaises en argent et les pièces de 1 et 2 1/2 florins des Pays-Bas.

 

II. Du nickel aux séries Mercure

Dans notre précédente chronique, nous avons vu les premiers balbutiements de notre circulation monétaire. Il serait donc normal de voir apparaître dans nos collections, à côté des émissions de la Monnaie royale belge, des monnaies de France, des Pays-Bas, les souverains d'or anglais et quelques monnaies provinciales.
Jusqu'en 1860, la circulation ne comprenait que des monnaies en or, en argent et en cuivre mais en 1861, nous voyons apparaître dans notre monnayage national un nouveau métal: le nickel. Celui-ci sera monnayé sous la forme de pièces de 20,10 et 5 centimes.

En 1865, la Belgique adhère à l'Union Latine. Il s'agit d'une convention monétaire qui permettrait de mélanger dans la circulation les monnaies des divers pays européens signataires de cette convention. La Belgique fut l'un des premiers signataires aux côtés de la France, l'Italie, la Grèce, la Suisse. Ce fut là la première tentative d'uniformisation des systèmes monétaires européens; il était entendu que les pièces de même format de chacun de ces pays devaient avoir la même valeur. Cette convention devait, au départ, rester en vigueur 18 ans et pouvait être reconduite. Mais la force et la bonne cote du franc suisse entraîna bientôt un drainage de la monnaie belge et plus particulièrement du franc français vers la confédération helvétique de telle sorte que l'équilibre monétaire entre Etats devint instable. La Première Guerre mondiale mettra fin à l'Union Latine. Cette convention fait revenir le système monétaire au bimétallisme et, de ce fait, amène notre pays à frapper les premières pièces de 20 francs en or à l'effigie de Léopold I. Mais le souverain décède cette même année et les pièces suivantes seront frappées, jusqu'en 1882, à l'effigie de Léopold II.

Mais revenons quelques instants à cette Union Latine. Cette convention donnait donc libre cours aux monnaies d'or et d'argent sur le territoire des pays signataires. Ceci explique pourquoi nous trouvons encore chez nos grands-mères des écus de 5 drachmes, 5 lires ou 5 francs français. Nous pourrions par conséquent faire également figurer dans nos collections, à côté de nos séries nationales, quelques exemplaires des séries grecques, italiennes, suisses et françaises. C'est en 1878 que l'Italie et la Grèce quitteront l'Union Latine.

Le règne de Léopold II ne modifiera guère notre système monétaire - nous sommes liés par cette convention - mais nous verrons cependant apparaître quelques nouveautés de présentation. En 1901, le graveur vinçotte prend la succession de Wiener pour la taille des monnaies d'argent et Michaux succède à Braemt pour les monnaies divisionnaires en nickel.

1910 marque l'avènement d'Albert; le Roi Chevalier nous donnera également de nouvelles séries monétaires qui seront cette fois gravées par Devreese; cette série comprendra la dernière pièce de 20 francs or qui sera frappée en Belgique.

La Première Guerre mondiale va bouleverser tout notre système monétaire; elle mettra pratiquement fin à l'Union Latine et par le fait même amènera le pays à avoir enfin une circulation exclusivement en monnaies belges. Il faut dire qu'à ce moment, tout le numéraire d'or et d'argent avait disparu de la circulation et que les transactions se faisaient au moyen de billets de banque et de monnaies de billon en métaux plus vulgaires allant jusqu'au zinc. Les frappes communales et les émissions de billets de nécessité de cette époque sont des thèmes de collection particulièrement appréciées. La ville de Gand nous offre pendant la Première Guerre mondiale une belle série de monnaies de nécessité.
L'après-guerre nous amène un phénomène qui n'est pas nouveau puisque nous pouvions déjà le déceler dans les monnaies antiques: la catastrophique dévaluation monétaire. Si dans les temps plus anciens, la candence était lente, il n'en va pas de même à partir de 1920. Depuis cette date, on peut admettre que la monnaie a perdu toute valeur intrinsèque et n'a plus qu'une valeur de jeton conventionnel. Les billets de banque commencent à envahir la circulation, on verra le nickel remplacer les monnaies d'argent. Ce nickel, à son tour, après quelques années, va aussi dévaluer et les grosses pièces se réduiront toujours davantage.
En 1930, le Roi tente d'établir un nouveau système monétaire basé sur le Belga équivalant à 5 francs. Ce nouveau numéraire sera abandonné dès 1934.

Probablement pour limiter l'impression des billets, la Monnaie frappe en 1933 une nouvelle pièce en argent d'une valeur de 20 francs. Le retour à l'argent métallique n'est pas nouveau; en effet, les frais d'impression et de gestion de la masse monétaire en billets sont relativement élevés et la vie moyenne d'un billet de banque est relativement courte, quelques mois.

En 1934, Léopold III succède à Albert. Le souverain ne modifiera pas notre système monétaire pendant les premières années de son règne. Une nouvelle pièce de 5 francs sera créée en 1936; celle-ci sera bientôt remplacée par une autre de format plus petit en 1938.

Les petites monnaies "à trou" (5, 10 et 25 centimes) qui, jusqu'à présent, étaient frappées en nickel seront, à partir de 1939, forgées en maillechort, (alliage de cuivre, zinc et nickel) qui a l'apparence de l'argent.

De ce règne nous retiendrons plus particulièrement une belle pièce de 50 francs qui porte au revers les bla­sons de nos 9 provinces et une monnaie commémorative de 50 francs également en argent frappée à l'occasion de l'Exposition de 1935. Cette dernière circulera peu.

La Seconde Guerre mondiale accentuera encore la dévaluation de la monnaie; elle va mette le pays au régime du zinc. En 1948, la frappe de nouvelles monnaies commence avec la fin des hostilités. Nous voyons apparaître les séries Mercure pour les pièces de 20 et 50 francs en argent, la série des quatre rois pour les pièces de 100 francs et les pièces de cupro­nickel de 1 et 5 francs du type Cérès.

   
   

 

 

Article paru dans La Vie Numismatique (2001, 51e année, 2e livraison, p. 60-64).
par Jean-Luc DENGIS